Les Chabada #2 Prendre le temps de regarder, ressentir, contempler.
Une Invitation à explorer les liens entre le corps, les symboles et l'énergie
Dans ce nouveau Chabada, j'ai eu envie d'aborder les rites et ce qu'ils représentent pour nous. Ce mot me renvoie au mystère, à l'unité, à un autre temps et à des moments que l'on pourrait croire banals du quotidien, alors que ces gestes nous portent et nous permettent de nous relier, de prendre une respiration, de faire conscience avec ce qui s'exprime silencieusement et se manifeste sous la forme du rite.
Selon les linguistes, ritus se rattache à la racine indo-européenne ar qui exprime l'idée d'ajustement, d'ordre ou de liaison et présente une parenté avec le terme védique ṛta, l'ordre cosmique et moral. Rien que ça :-)
Peut-être que le rite est justement cela. Une manière de nous relier à nous-mêmes. Aux autres. Au monde qui nous entoure. Et peut-être aussi à quelque chose de plus grand que nous.
Prendre le temps de marquer les passages
Notre époque nous pousse beaucoup à enchaîner : une chose après l'autre, une journée après l'autre, un événement après l'autre. Le rite nous sert à prendre le temps de marquer. Marquer un commencement, une fin, une transformation, une rencontre. Marquer le temps qui passe.
Il a aussi cette fonction : nous aider à passer d'un état à un autre. L'anthropologue Arnold van Gennep l'a particulièrement bien montré dès 1909, en étudiant ce qu'il appelait les rites de passage :
- Naître
- Grandir
- Devenir adulte
- Se marier
- Changer de statut
- Quitter un lieu
- Entrer dans un autre
- Et finalement, mourir
Dans toutes ces étapes, le rite vient accompagner le passage. Il donne une forme à ce qui change. Il permet aussi à une société de reconnaître ce changement. Quelque chose était. Quelque chose n'est plus tout à fait. Quelque chose devient.
Accompagner les saisons et les cycles
Mais les rites ne concernent pas seulement les grandes étapes de nos vies. Ils ont aussi longtemps accompagné le passage du temps. Les saisons, les solstices, les équinoxes, les récoltes. Le retour de la lumière. L'entrée dans l'hiver.
Pensons à ce doux solstice d'hiver, par exemple. Le jour le plus court de l'année. La nuit la plus longue. Et puis, presque imperceptiblement, le retour de la lumière. Pendant des siècles, les humains ont marqué ce moment : on allumait des feux, on se réunissait, on célébrait, on remerciait, on espérait.
Le solstice est un événement cosmique, mais aussi un événement humain où nous sommes invités à accueillir l'obscurité et le lent retour à la lumière avec les graines plantées pour la nouvelle année. Nous avons gagné beaucoup de confort, de liberté, de rapidité. Mais nous avons perdu certains des rites qui nous permettaient de marquer le temps et de nous sentir reliés à lui.
Rendre visible l'invisible : le regard de Jung et le magnétisme
Ce cher Carl Gustav Jung s'est beaucoup intéressé à la fonction des rites et des symboles. Pour lui, le rite est une manière de donner une forme visible à quelque chose d'invisible. Une manière de relier ce que nous vivons consciemment à quelque chose de plus profond en nous.
C'est aussi ce qui fait écho à ma pratique de magnétiseuse. En magnétisme, il peut être question de donner une place, une forme, une conscience à quelque chose qui est déjà là, mais qui n'est pas encore pleinement intégré, conscientisé.
Quelque chose peut se manifester dans le corps, dans le ressenti, dans une émotion, parfois sans que nous sachions encore le nommer.
Le rite, lui aussi, donne une forme à ce qui cherche à être reconnu. Il rend visible, ou sensible, quelque chose qui jusque-là pouvait rester silencieux. Et parfois aussi, il nous aide à préparer, à accueillir ce qui vient.
Là où Arnold van Gennep nous montre comment les rites accompagnent les passages de la vie, Jung nous invite à regarder ce qui peut se jouer à l'intérieur de nous. Les rites et les symboles peuvent donner une forme à ce qui, parfois, n'en a pas encore. Ils peuvent nous aider à accompagner les grands mouvements de notre existence et de notre vie psychique ! Peut-être que lorsque nous perdons nos rites, nous perdons aussi certaines façons de nommer, de reconnaître et d'accompagner ce que nous vivons...
Nos rites du quotidien
Bonne nouvelle, les rituels peuvent-être très présents dans notre quotidien !
- La boisson que l'on prépare le matin.
- La bougie que l'on allume. Je pense ici à certains qui ont à cœur de choisir la couleur de la bougie, ajustée à leur intention.
- Le verre partagé, le repas du dimanche, les anniversaires, les funérailles, les mariages, les départs... les retrouvailles !
Certains sont minuscules. On ne les remarque même pas, tant ils sont intégrés à notre quotidien. D'autres accompagnent les grands bouleversements de la vie.
Et vous, quels sont vos rituels quotidiens ? La boisson du matin que vous préparez toujours de la même façon. Le silence dont vous avez besoin parfois avant de parler au monde. Cette bougie que vous allumez...
Et si vous preniez le temps de regarder ces petits gestes autrement ? Que se passe-t-il en vous lorsque vous faites ce geste ? Qu'est-ce que cela vous permet de ressentir ? Qu'est-ce que cela marque ? Qu'est-ce que cela change ?
Créer un espace entre avant et après
Peut-être que la bougie que vous allumez signifie aussi : je m'arrête, maintenant. Danser, peut aussi être un moment pour se poser en soi.
C'est cela, la force du rite. Il crée un seuil. Un espace entre un avant et un après. Et dans cet espace, quelque chose peut se déposer. Quelque chose peut être reconnu, commencer.
Cela m'évoque aussi ce qui se passe avant et après un soin énergétique. Quelque chose a pu être entendu, reconnu, a pu prendre une forme, une conscience et s'ajuster vers ce qu'il y a de mieux pour soi, de plus juste.
Prendre soin de vos rites, c'est peut-être aussi une façon de prendre soin de votre temps. De votre attention, de votre monde intérieur. Un rite se vit, se ressent dans le corps. Une sensation, une émotion qui monte. Dans cette impression parfois difficile à expliquer que quelque chose vient de changer. Un avant. Un après. Un passage.
Peut-être que c'est aussi cela, la force du rite :
- Nous permettre de sentir qu'un moment compte.
- De sentir qu'une étape se termine, qu'une autre commence.
- De sentir que nous sommes là, pleinement.
Nos rites sont là pour nous rappeler quelque chose de très simple :
« Ceci est important. »
Depuis notre cœur, notre corps. Pour tout ce qui, en nous, sait parfois avant même que nous puissions le nommer.
Je vous invite donc, très chères voyageuses et très chers voyageurs, à regarder vos gestes depuis cette conscience qui vous fait vous poser en vous, avec vous et avec ce qui est autour de vous.
À très bientôt pour celles et ceux qui le souhaitent pour partager ensemble un rite initiatique comme peut l'être un soin énergétique :-)
Partir d'un ressenti, d'une expression physique pour libérer et nous ajuster vers ce que l'on a de meilleur à ressentir et partager.